vendredi 29 février 2008

L'Egypte ? Un endroit clé dans les relations internationales

L'Égypte est au même titre que la Turquie un endroit charnière dans les relations internationales. Elle fait le lien entre l'Afrique et l'Asie, entre la Mer Rouge et la Mer méditerrannée. Elle est voisine avec Israël, le Soudan, la Libye. Cependant, on oublie souvent que dans les années 1950's, elle fut le théâtre d'une guerre insoupçonnée, voir oubliée, et que ce conflit marqua la fin d'une ère coloniale. Je vous présente ainsi ci-dessous un document rédigé par Thierry Crettenand à propos de la guerre du Canal de Suez.


Une guerre très courte, mais avec de grandes conséquences, voilà ce que fut la crise de Suez. L’expédition qui y a été menée comportait de nombreuses erreurs que l’on ne pouvait prévoir sur le moment tant d’un côté comme de l’autre. Ainsi Anthony Eden était sûr que les Etats-Unis se joindraient à eux pour attaquer l’Egypte. De son côté Nasser et son gouvernement étaient sûr qu’Israël ne se mêlerait pas au conflit. Enfin, les Israëliens étaient convaincus que l’Egypte achetait des armes pour les attaquer et les détruire.

Durant cette crise, il y eu beaucoup de séances de conciliations. Mais ces dernières n’aboutirent à rien, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, les Anglais considéraient que cette nationalisation était un affront, et le fait qu’elle intervienne peu après l’évacuation des derniers militaires Anglais en terre égyptienne renforçait encore la rage du premier ministre Anglais. Ensuite, les Français étaient convaincus qu’en réglant le problème égyptien et donc le problème de Nasser, ils régleraient le problème algérien. Ils estimaient également que le canal de Suez était une œuvre française, car construite par Ferdinand de Lesseps, et donc que la France avait des droits sur ce canal. Par ailleurs, les Européens avaient peur pour leur approvisionnement en pétrole, qui provenait majoritairement du Moyen-Orient et qui passait par Suez. Enfin, Israël avait peur de cette Egypte qui s’armait de plus en plus et qui voulait contrôler son canal. Les Israëliens craignaient de se voir refuser l’accès au canal ou attaquer par l’Egypte. En attaquant, non seulement ils régleraient ces problèmes, mais pourraient aussi mettre fin aux raids des Feddayins qui tuaient de nombreux Israëliens.

Toutes ces raisons expliquent pourquoi ces trois pays refusaient systématiquement tout arrangement. Chacun campait sur ces positions, sachant bien que cela finirait en guerre.

Ce qui devait donc arriver, arriva et Israël envahit le Sinaï. Quelques heures plus tard, un ultimatum franco-anglais demandait aux deux belligérants de se retirer de la zone du canal afin de garantir la sécurité dans cette zone. Puis, Anglais et Français débarquèrent sur sol égyptien avec de gros moyens militaires. Pendant ce temps, Budapest se soulève, ce qui va occuper l’URSS pour quelques heures. Une fois la révolution écrasée, les Soviétiques menacèrent de détruire Londres et Paris si les deux envahisseurs ne se retiraient pas. Appuyés par l’ONU et les Etats-Unis, l’URSS força les Européens à se retirer et ce fut la fin de la guerre de Suez. La France et l’Angleterre perdirent leur prestige aux yeux du monde, la guerre d’Algérie continua et le premier ministre Anglais démissionna, cette expédition a donc été un échec total pour les anciens colons.

Selon certains experts, cette crise a débuté à cause de plusieurs facteurs majeurs dont la guerre froide, la décolonisation et le conflit entre Arabes et Israëliens ; mais l’on peut également tenir compte d’autres facteurs secondaires tel que la rivalité entre les Etats-Unis et les anciens colons et la volonté de l’URSS et de l’Amérique de s’allier afin de faire régner leur loi.

Cliquez ici pour télécharger le document complet.

jeudi 28 février 2008

L'Afrique reste pauvre, compléments.

Comme l'a précisé Coco dans le sujet précédent, l'Afrique connaît une période de bonne croissance. Selon le bulletin du FMI, l'Afrique sub-saharienne a vu sa production augmenté de 6.5% grâce à l'accroissement de la production de pétrole, à la progression des investissements intérieurs et à l'amélioration de la productivité. La forte demande mondiale de produits de base contribue naturellement grandement à cette tendance, tout comme l'allégement de la dette.




"(...) le renforcement des politiques macroéconomiques et les réformes structurelles mises en oeuvre depuis des années ont commencé à porter leurs fruits." ( bulletin du FMI ) Ces mesures ont mené à une maitrise des prix toujours plus grande. ( Le Zimbabwe étant dans ce domaine hors-course.)




Toutefois, l'augmentation du prix du pétrole pourrait être un frein à l'augmentation du PIB de certains pays. ( paradoxe ) De plus, le degré de vulnérabilité à la crise de l'économie mondiale varie entre les pays, selon la nature de leurs exportations et de l'état de santé de leur budget.

Enfin, cette tendance étant une tendance continentale, la croissance des pays est loin d'être homogène. Des pays comme l'Angola ou l'Afrique du Sud sont ainsi dans une bonne période de croissance, au contraire de la Somalie ou du Zaire.


Que faut-il tirer alors de ces chiffres ? Tout d'abord, ils sont encourageants. Cependant, il ne faut pas oublier que la croissance est une tendance. Le PIB/habitant de l'Afrique reste encore largement inférieur à ceux des pays industrialisés. Par ailleurs, la croissance créée uniquement par l'exportation de matières premières est risquée. Elle est en effet exposée à la volatilité de ces marchés ( particulièrement le pétrole). De plus, on a vu plusieurs fois que l'ampleur de l'exportation des matières premières péjorait le reste des exportations. Ainsi, bien que ces chiffres soient encourageants, il faut que le continent africain, premièrement, diversifie ses exportations. Pour cela, il faut qu'il parvienne à intégrer les marchés que l'Asie domine pour l'instant, tel celui de la manufacture. ( Faut-il pour ce faire, comme le propose Paul Collier protéger l'Afrique face à l'Asie ? ) Ensuite, il faut que l'Afrique parvienne à développer un marché intérieur. L'émergence de certains pays, comme l'Afrique du Sud, pourrait servir cet objectif. Enfin, l'Afrique doit continuer à réduire les conflits sur son territoire. Le conflit du Soudan et de la corne de l'Afrique restant les principales zones de conflit. En effet, ces conflits empêchent leur propre croissance mais diminuent également celles de leurs voisins.


L'Afrique subsaharienne reste pauvre malgré ses performances économiques

Au demeurant et selon les dernières données sur la pauvreté du CNUCED, l'Afrique subsaharienne est la seule région en développement où le nombre de pauvres n'a cessé de croître.

De plus, l'Afrique demeure en marge du processus de mondialisation et l'ouverture des marchés de la Chine la met à l'écart du commerce mondial.

"L'Afrique occupe moins de 2% du commerce mondial alors qu'elle en était à 12% dans les années 80"

Une stratégie de réduction de la pauvreté est mis en place et vise à faire doubler le revenu par habitant d'ici à 2015.

Plus d'info en suivant ce lien

lundi 25 février 2008

UNIS

Je vous invite à aller jeter un coup d'oeil à www.unis.ch, c'est l'association avec laquelle je pars sur le terrain, c'est-à-dire au Niger.

Vous trouverez de plus amples informations sur nos projets en cours, sur ceux des années précédentes ainsi que sur les buts de cette association.

Géographie et économie ?

La géographie et l'économie possèdent, si l'on réfléchit un petit peu, un lien certain. On pourrait penser, à priori, que de bonnes conditions météorologiques propices à l'agriculture ou encore de nombreuses ressources naturelles influeront sur la prospérité. Mais ce lien est bien plus conséquent.

Ainsi, dans ce document sur le travail Jared Diamond rédigé par un étudiant HEC Lausanne ( le document est téléchargeable sur le site de HEC Lausanne ) on nous explique par exemple que l'Eurasie a son axe principal d'est en ouest, alors que celui de l'Afrique est Nord-Sud. Quelle conséquence ? Et bien ces données géographiques ont facilité les migrations à agriculture et élevage égal ( car latitudes plus ou moins semblables). Il en conclut que si les sociétés eurasiennes ont progressé plus vite que les autres régions du monde, jusqu'à un certain point, c'est avant tout pour des raisons bio-géographiques.


La Chine enfin active ?

Un représentant chinois aurait enfin affirmé que la Chine apporterait son aide afin de mettre un terme aux conflits du Darfour. Espoir ou feu de paille ?

"La Chine est prête à coopérer avec le gouvernement du Soudan, l'ONU, l'Union africaine, les pays de la région et tous les autres acteurs" pour tenter de mettre fin au conflit, a-t-il affirmé à la presse.
"Du côté du gouvernement chinois, nous sommes prêts à donner un coup de main".

Cliquez ici pour lire la suite.

dimanche 24 février 2008

Le Niger

Voilà comme je pars dans quelques semaines au Niger je vais vous présenter en quelques mots ce pays et notre projet :

Le Niger ( capitale : Niamey) est un état de l'Afrique sahélienne entouré au nord par l'Algérie et la Lybie, à l'est par le Tchad, au sud par le Nigeria et le Bénin, au sud-ouest par le Burkina-Faso et à l'ouest par le Mali. Il compte une superficie de 1'267'000 km2 (30 fois la Suisse) pour 11'762'750 habitants. La majeure partie des terres est recouverte par le désert du Sahara ce qui rend difficile les cultures, bien que la terre reste la première source de revenus des Nigériens.

Le Niger a été déclaré pays le plus pauvre au monde selon les indicateur du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement). En 1999, 62% de la population était en dessous du seuil de pauvreté. Une personne sur deux est un enfant de moins de 15 ans. Le Niger est donc un pays jeune !

Depuis février 2007, une guerre civile fait rage dans le pays. En effet les rebelles touaregs (MNJ = Mouvement des Nigériens pour la Justice) se battent maintenant depuis plus d'un an avec le gouvernement.

Heureusement depuis le mois de février 2008 le climat semble présenter une accalmie et nous espérons pouvoir mener à bien notre projet.

Notre projet s'appelle EDENS 2008 et il touchera trois secteurs : l'éducation, l'environnement et la santé. Nous avons créé des fiches pédagogiques pour les amener dans différentes écoles du pays et nous apporterons également du matériel dans des hôpitaux (nous nous occuperons spécialement des enfants brûlés gravement).

Le projet implique 22 personnes : 14 partent sur le terrain pour mener à bien les projets que nous avons préparés depuis 4 mois, 5 personnes restent en Suisse mais ont apporté une aide énorme à la concrétisation des projets et 3 personnes sur places qui s'occupent des véhicules sur le terrain.


Le tout reste encore un peu flou car nous devons rester très discrets sur nos agissements et nos déplacements : plus de détails à mon retour !!!



Coup de pouce d'Oxford

Un doctorant en Economie à l'université d'Oxford est tombé par hasard sur notre blog. Il nous propose de lire cet article rédigé par son superviseur, Stefan Dercon, spécialiste de l'Afrique.

Merci pour son aide.

Le cuir éthiopien

En parcourant le rapport 2007 sur les PMA ( pays les moins avancés ) fourni par le CNUCED ( Conférence des Nations Unies sur le Commerce Et le Développement ), le chapitre sur " La question des capacités de l'Etat " pour favoriser l'innovation technologique est scientifique m'a interpellé. Voici un extrait :

" (...) car il est vrai qu'aujourd'hui les capacités des pouvoirs publics dans les PMA sont très insuffisantes, notamment en ce qui concerne les questions scientifiques et techniques et l'innovation, qui ont longtemps été négligées. Bon nombre d'institution n'ont tout simplement pas les capacités techniques et financières nécessaires pour s'acquitter de leur mission. Le cas du Mozambique illustre bien le problème. En 2004, l'Institut national des normes et de la qualité n'était doté que de 13 fonctionnaires, dont seulement 5 universitaires, qui gagnaient environ 200 dollars par mois. (...)

Il faut que les administrations publiques soient compétentes et indépendantes. Toutefois, l'une des grandes leçons qu'on peut tirer des différents exemples de rattrapage industriel est que le gouvernement ne doit pas être un planificateur central omniscient, mais plutôt formuler et mettre en oeuvre des politiques par l'intermédiaire d'un réseau d'institutions faisant la liaison entre les pouvoirs publics et le secteur privé. La création de telles institutions intermédiaires devrait être l'un des priorités de l'amélioration de la gouvernance en matière d'apprentissage et d'innovation technologique."

Et voici les conclusions que le rapport formulent :

- Les PMA négligent la question du changement technologique et d'innovation en tant que source de croissance

- Les PMA n'intègrent pas la question du changement technologique dans une stratégie de développement plus globale

- Il faut privilégier la promotion de l'apprentissage. De plus, l'Etat doit se charger de coordonner les efforts du secteur privé, mais surtout de créer les conditions cadres, par des incitations du marché par exemple, à un tel développement.

- L'objectif stratégique fondamental des PMA doit être le rattrapage technologique des pays les plus avancés

- Il faut que le rattrapage technologique soit graduel et adapté aux conditions socio-économiques du pays. On privilégiera par exemple la révolution verte, la création d'entreprises locales, ou encore la modernisation des activités d'exportation.

- La transformation technologique devra se faire tant sur le plan agricole que sur le plan industriel, que ces activités soient exposés ou non à la concurrence internationale.

- Les PMA, même s'ils n'ont pas les moyens ou les structures pour adopter de telles réformes, doivent adopter une approche graduelle de l'apprentissage en matière de formulation et d'exécution des politiques.

Voici à présent l'exemple du cuir éthiopien, pour montrer que les capacités existent, encore faut-il les exploiter. ( Cliquez pour agrandir)






Cet exemple prouve que le potentiel existe, mais que la part d'innovation et de bonne gouvernance est immense.

Source : http://www.unctad.org/fr/docs/ldc2007_fr.pdf page 123 ss.

samedi 23 février 2008

Le train de la mondialisation



Dans son livre " The Bottom Billion ", Paul Collier nous parle d'un sujet souvent évoqué : est-ce que les pays du tiers monde ont-il loupé le train de la mondialisation ?

Mais d'abord, qu'est-ce que la mondialisation ? Il s'agit de l'importance des flux de capitaux, des flux migratoires et du commerce international. Ainsi, du point de vue des flux migratoires et des capitaux, les pays émergents étaient plus " globalisés " il y a un siècle. C'est alors sur le commerce qu'il faut se pencher.

Ainsi, Collier a décrit 4 " traps " dans lesquels les pays pouvaient s'enliser. On peut penser que si un pays parvenait à sortir de ces problèmes, il commencera à croître. Le terme utilisé pour cette progression est " convergence." Par exemple, en Europe, les pays les plus pauvres ( Portugal, Espagne, Irelande ) ont progressé plus que les pays riches, en terme de croissance. Certains pays s'inquiètent ainsi que la Chine converge si vite vers nous. Néanmoins, est-ce que les pays du bottom billion, s'ils parvenaient à se défaire d'un des 4 pièges décrit précédemment, parviendraient à rejoindre cette course à la convergence ?

Paul Collier décrit les trois volets de la mondialisation, mais c'est celui du commerce international qui m'a le plus inspiré. Voilà comment il décrit la situation. Dans les 1970's, le monde " riche " dominait l'industrie mondiale. Il y avait ainsi une énorme différence entre les revenus du monde riche et ceux du tiers monde. Pourquoi ces pays n'étaient-ils alors pas compétitifs ? D'une part à cause des restrictions commerciales imposées par les pays riches, d'autre part par les restrictions que les pays émergents appliquaient. Cependant, la principale explication réside dans ce qu'il appelle " les économies d'agglomération". Si un producteur est le seul à produire dans une région, ses fraix fixes seront énormes. ( transports, énergie, etc... ). Or, s'il y a plusieurs producteurs, ces fraix diminueront. Ainsi, le monde occidental est parvenu à compenser ses plus hauts revenus par des économies d'agglomération pour rester compétitif.

De plus, on se rappelle que les pays africains sont soit isolés (landlocked) soit riches en matières premières, et que la mauvaise gouvernance péjore grandement l'économie d'un pays. Ainsi, dans les années 1980, pour les pays pauvres en matières premières, il n'y avait que la Mauritanie qui possédait des conditions politiques propres, selon Collier, au développement d'entreprise. Certains pays se sont en effet littéralement tirés une balle dans le pied. Mais est-ce que certains producteurs auraient choisi l'Afrique si la gouvernance avait été meilleure ? Il explique que chaque année de bonne gouvernance ( comprenez une paix politique, des réformes cohérentes, ... ) augmentait la diversification des exportations. Mais selon lui, les africains ont perdu cette opportunité au profit de l'Asie.

En effet, l'Asie possède encore des revenus suffisamment bas pour être compétitives. De plus, l'afflux massif de capitaux lui permet d'offrir des économies d'agglomération. Elle est donc bien plus compétitive que l'Afrique ! Pour les pays pauvres en matières premières, ils devront donc attendre que la différence entre les revenus asiatiques et les leur soit suffisamment grande pour combler leur manque d'économie d'agglomération ! Par ailleurs, outre ces pays, il existe des pays riches en matières premières. On a vu cependant que le phénomène de " Dutch Disease " péjorait les exportations industrielles au profit de celles de matières premières. Or, avec la croissance de l'Asie et la demande mondiale en matières premières, ces pays là sont contraints à exporter ces matières et donc d'une certaine façon sont maintenus dans une faible croissance.

Cette analyse est très déprimante, car elle n'incite pas les pays du Bottom Billion à tout faire pour se stabiliser, car les perspectives ne sont pas merveilleuses. Mais les solutions existent.